Demain c’est jour de vote et pourtant j’hésite sérieusement
à y aller.
Entre le dégoût que
certains candidats m’inspirent et le mépris que j’ai pour certains partis, ça ne
me tente juste pas.
Entre les partis qui s’insultent à la télé et pourtant passent
des pactes entre eux en catimini et les candidats aux postes de présidents de
communes alors que ça ne fait pas dix ans qu’ils sont arrivés sans le sou dans
ces communes, y en a marre.
Entre les appels sans vergogne de l’état à aller voter sous
peine de passer pour des traîtres et les passages à tabac des militants de
l’extrême gauche qui appellent au boycott, trop c’est trop.
Entre le vide intellectuel de certains candidats et la farce
des programmes électoraux de certains partis, la coupe est pleine.
Entre ces tracts de campagne qui ont sali nos quartiers (distribués
par ceux là qui seront en charge de la propreté de nos rues) et ces jeunes en
triporteurs aux couleurs des partis sortis tout droit de Mad Max, je dis non.
Entre mes compatriotes qui n’ont pas daigné s’inscrire aux
listes électorales et ceux qui trouvent la chose politique futile, je me dis à
quoi bon ?
La montée de Podemos en Espagne ou encore Syriza en Grèce est
l’expression d’un phénomène beaucoup plus généralisé en Europe où ces partis
ont profité du discrédit des partis conventionnels (corruption, mauvaise
gestion des deniers publiques et usure de l’exercice du pouvoir), de la crise
économique et de la faillite des politiques de sortie de crise (l’austérité) pour
se mettre en avant-plan. C’est ce même phénomène qui a vu dans les vieilles
démocraties comme la France, la Grande Bretagne, la Suède et même
l’Allemagne, où au lieu de l’extrême gauche c’est l’extrême droite qui en a
profité…
La question est de savoir si on peut tirer une leçon pour le
Maroc de tous ces changements dans le pourtour méditerranéen ?
Il me semble qu’on n’a pas du tout la même grille de
lecture, car ces changements sont apparus dans des démocraties bien établies,
ce qui est loin d’être le cas du Maroc.
De plus, en Europe certains indicateurs ne sont pas du tout
les mêmes que pour le Maroc. Que ça soit pour le taux d’alphabétisation, le
taux de natalité ou le taux de scolarisation. En d’autres termes, ce sont des
sociétés où la population est consciente de la chose politique.
D’autre part, et malgré ce que certains pourraient en dire,
les médias jouent le jeu et ont donné la parole à ces partis qui étaient marginaux
avant qu’ils ne grandissent. Du coup, le message qu’ils portent a pu se
divulguer.
Au Maroc, et l’exemple du ‘ mouvement 20 février’ est là
pour en attester, les médias sont cadenassés et ne portent que le message
‘officiel ‘ et même lorsqu’il leur arrivait de donner la parole à des gens
du ‘20 février’, on avait droit à de jeunes adultes imberbes et incapables de « connecter »
avec monsieur et madame tout le monde.
Enfin, le champ politique marocain n’est pas du tout
comparable à ceux où ce vent d’optimisme est apparu. Au Maroc, le paysage
politique n’obéît pas à une logique gauche-droite mais plutôt à quel parti est
le plus proche du Sérail. Et malgré que dans la population, l’opinion la plus
partagée est que tous les politiques sont corrompus on ne voit pas bien qui
pourrait bien les supplanter dans les partis déjà constitués.
On a bien deux mouvements de gauche, le mouvement ANFASS et
le mouvement Clarté Ambition Courage qui ont beaucoup de similitude avec
Podemos et Syriza mais encore là ils sont loin d’être connus sur la scène
politique et malgré quelques initiatives ici et là n’arrivent tout simplement
pas à percer dans le paysage politique.
Encore une fois, on réalise que le changement se fait à
portée de vue mais sans qu’on puisse en bénéficier…
Dans le
cadre du programme Tanger-Métropole lancé par Sa Majesté le 26 septembre 2013,
un budget de 727 millions de DH a été dédié à renforcer les infrastructures
urbaines. A l’intérieur de ce cadre, le projet d'aménagement des boulevards de
la ville consiste en l'élargissement des routes, la création de voies réservées
aux autobus, le revêtement des trottoirs, la pose du mobilier urbain, la
modernisation du réseau de signalisation et d'éclairage public et l'aménagement
d'espaces verts.
Dans les
faits, cela se traduit par le remplacement des candélabres (lampadaires
publiques) fonctionnels et qui avaient été installés l’année d’avant ; par
l’élargissement des routes dans des conditions de sécurité difficiles pour les
ouvriers et les citoyens ; par le remplacement également des bordures des
trottoirset l’installation de gazon
dans des plates-bandes au milieu des routes, dans les ronds-pointset aux abords des grands axes.
Le
remplacement des candélabres déjà existants et tout à fait fonctionnels ne suit
aucune logique : La distance entre les nouveaux candélabres installés
semble aléatoire, varie et parfois est inférieure à10 mètres. Quand on sait que le prix d’un
candélabre dépasse souvent les 70 000 DH, on est en droit de se poser des
questions sur l’utilité de planter des lampadaires aussi proches l’un de
l’autre et soulève des questions de bonne gouvernance.
"En effet,
les grandes métropoles se dotent d'un éclairage durable, non énergivore à
l’aide d’un schéma directeur d'aménagement lumière. Ce document étaye la
politique et la stratégie de mise en lumière de la ville, il prévoit le type de
candélabre pour chaque voie routière ou piétonne, sa hauteur de feu, son
intensité, sa source lumineuse et sa température couleur. Malheureusement,
certaines des voies routières à Tanger sont actuellement éclairées avec des
candélabres prévus pour des voies secondaires ou piétonnes. Ces candélabres
n'éclairent pas les voies mais juste les pieds de mâts. De plus ils créent un
éblouissement dangereux pour les automobilistes qui ne voient plus la route. Il
faut éclairer là où il le faut et quand il le faut car la ville n'est pas un
parc d'attraction.De plus, il
est nécessaire de restituer à la nuit sa part d'obscurité et doter note ville
d'une scénographie nocturne digne de Tanger."*
D’ailleurs, ces candélabres
installés à Tanger sont les mêmes que ceux installés à Tétouane même si les
deux villes différent de par leur architecture, histoire et climat…
Quant à
l’élargissement des axes routiers de la ville, cela se fait dans des conditions
de sécurité exécrables pour les ouvriers et pour les citoyens. Les signaux
avisant des travaux sont absents ou bien sont installés sur le site même des
travaux ne laissant aux conducteurs que peu de temps pour ralentir. D’autre
part, lors de l’installation des ronds-points les conducteurs sont laissés à
eux –mêmes car les feux rouges sont désactivés et on peut deviner le nombre
d’accidents qui en résulte. Enfin, en plus de remplacer le revêtement des
trottoirs, leur bordure est remplacée alors que celle-ci est encore
fonctionnelle et est même meilleure que la nouvelle qui n’est faite que de
ciment contrairement à la pierre.
Enfin,
l’aménagement d’espaces verts se traduit dans la réalité surtout par la pose de
gazon sur certains trottoirs –ceux des quartiers réputés huppés de la ville
comme Jbel Lekbir- et donc par le rétrécissement de la superficie que les
citoyens peuvent utiliser pour marcher (imaginez une maman avec une poussette
qui doit slalomer entre les arbres plantés au milieu des trottoirs et le gazon
pour rester sur le trottoir…) ; mais également, par la pose de gazon dans
plates-bandes séparant les grands axes routiers comme l’avenue du Royaume de
l’Arabie Saoudite et à l’intérieur des ronds-points.
Sachant que
pour chaque m² de gazon, il faut 20 litres par an, imaginez alors la
consommation d’eau de la municipalité de Tanger. Espaces verts ne veut pas dire
nécessairement gazon ! Pourtant le Maroc s’est doté d’une charte nationale
de l’environnement et de développement durable suite aux directives de Sa
Majesté le Roi Mohamed VI, lors de son discours du Trône du 30 Juillet
2009.
Malheureusement,
tant et aussi longtemps que la politique de développement des villes passe par
des institutions non élues et donc ne rendant compte à personne et tant que les
maires des villes ont des pouvoirs limités, cette situation perdurera.
*Ce paragraphe a été pris du groupe FB Société civile tangéroise suite à la publication de ce billet.
Plus de six mille (6000) morts par an. Non, ce n'est pas un autre bilan de la guerre civile en Syrie ou en Tchétchénie, on parle juste du bilan des accidents de la route et des accidents du travail au Maroc.
Les accidents de la route au Maroc font chaque année plus de 4 000 morts et causent des dégâts matériels estimés à 14 milliards de dirhams, soit
environ 2% du PIB ; quant aux accidents du travail, les seules statistiques dont on dispose concernent le BTP : Ils seraient près de 2000 ouvriers à perdre la vie chaque année sur les chantiers.
Bizarrement, malgré quelques articles qui paraissent à chaque année dans la presse, ce phénomène (comparable à une guerre civile) ne semble pas attirer l'attention des pouvoirs publiques ou de l'opinion publique. Le Maroc d'ailleurs vient tout juste de se conformer auxnormes de l'OIT l'organisation internationale du travail.
Malgré un nouveau code la route sensé tacler l'hécatombe sur nos routes, le résultat est famélique. Quant aux accidents du travail, les employeurs (seules 13 000 sur 50 000 unités de BTP au Maroc sont, à l’heure actuelle, déclarées à la CNSS) continuent à ne pas s'assurer et fuient leurs responsabilités.
En attendant une prise de conscience, continuons à manifester en masse pour ce qui se passe en Égypte, à appeler à manifester pour les abus contre les subsahariens et à suivre les élucubrations des chroniqueurs de Hespress.
Onze mineurs violés, trente années de réclusion et puis une grâce royale. J'avoue qu'en écrivant ces lignes je n'ai toujours pas réussi à accepter cela. Une partie de moi refuse de croire qu'on puisse gracier un pédophile. Cela ne fait juste pas de sens. Que ce criminel soit un agent irakien exfiltré ou que l'Espagne nous ait promis la rétrocession de Sebta et Melillia et l'incarcération de Javier Bardem, il reste qu'on ne libère pas un pédophile.
Sous d'autres cieux, on en serait déjà à deux ou trois démissions, une motion de censure contre le gouvernement et à quatre ou cinq points de presse et à des excuses officielles.
On se serait attelé à établir la chaîne des responsabilités en toute transparence en s'appuyant sur le dahir 1.77.226 qui stipule que le
comité qui octroie la grâce est composé du ministre de la justice, du
directeur du cabinet royal, du président de la chambre haute et de hauts fonctionnaires.
Tout ce que nous avons eu c'est un communiqué burlesque du ministre de la justice où il se déclare inapte "à commenter une décision de deux souverains". Comme si nous nous étions pas déjà assez rendus compte tous seuls de l'inaptitude de ce gouvernement à régler le moindre de nos soucis. Alors pour sauvegarder l'honneur de nos enfants, on repassera.
Quant à M. Benkirane, son réservoir d'indignation,il l'a épuisé jeudi pendant le conseil
des ministres en s'en prenant à une citoyenne qui aurait insulté un
policier de la circulation. Du coup, il n'a pipé mot sur la grâce
royale. Quand on sait que selon le rite malékite, un pédophile est
passible de lapidation, on est en droit de se demander si vraiment le
PJD est un parti islamiste.
Les seuls partis politiques ayant aborder cette tragédie sont le PAM et le PSU, sinon c'était silence radio.
Du côté des médias officiels de l'état, même silence assourdissant ; s'il a été question de jeunes c'est pour nous informer que "Sa Majesté le Roi lance trois projets solidaires dédiés à la femme et aux jeunes", rien sur une éventuelle grâce à un pédophile. Le résultat en est que la majorité des marocains ne sont pas au courant de cette tragédie ; heureusement que France24 et Aljazeera en ont fait mention dans leur téléjournal.
Comme si la situation n'était pas assez irréelle, hier lors des sit-in organisés dans différentes villes du Maroc, les autorités n'y sont pas allés de main morte et ont brutalisé et tabassé nombre de manifestants comme si on voulait nous communiquer que "La vie des marocain(e)s ne vaut rien."
Parlons-en de ces manifestants rudoyés, loin du cliché des gens du 20 février, il s'agissait de jeunes professionnels, de familles ayant des enfants en bas âge. Des gens apolitisés qui venaient juste crier leur indignation sans aucune demande politique ; à la fin de la soirée, les autorités ont réussi à faire d'elles des militants anti-régime. Le nombre de témoignages de gens qui défendaient bec et ongles le régime les deux dernières années et qui déclarent leur ras-le-bol après les événements d'hier est surprenant. Le régime en s'en prenant à eux, se les a aliénés. Sur une note plus personnelle, je tiens à exprimer mon admiration et tout le respect que je voue aux personnes que je connais ou pas qui sont sortis hier.
Enfin, cette tragédie en plus de nous mettre devant nos contradictions internes a mis à mal l'image et la réputation du Maroc, combien de titres de la presse international avec Maroc et pédophilie associés ? Le gouvernement est-il à ce point obnubilé par sa survie et par sa politique politicienne qu'il fait l'autruche ? Et le cabinet royal qui a pris part à cette tragédie, n'a-t-il pas des explications à nous fournir ?
Dans quel monde ces gens là vivent-ils ? Quelles peuvent bien être leurs valeurs pour avoir laissé une telle tragédie avoir lieu et surtout continuer dans leur mutisme maintenant qu'elle a été ébruité ? Et comment peuvent-ils encore se regarder dans un miroir ?
Il y a dix ans le Maroc faisait son entrée dans le triste club des nations victimes d'attentats : Le 16 mai 2003 une dizaine de terroristes marocains se sont fait exploser et emportaient avec eux dans leur folie quarante et une victimes et faisaient une centaine de blessés.
Après la vague d'arrestations, de condamnations et la récupération politique de ces attentats pour s'en prendre aux mouvements islamistes, l'état marocain a vite balayé ces attentats et passé à autre chose ; car, ne l'oublions, ces événements sont l'expression de l'échec de la politique du tout sécuritaire. Jusqu'à ce jour, nous ne savons pas exactement qui a été l'instigateur de ces attentats.
Les raisons sociales qui pourraient expliquer le naufrage de certains des kamikazes sont encore là : Un tour à Sidi Moumen (d'où sont originaires la plupart des terroristes) suffit pour se rendre que rien n'a été fait pour améliorer les conditions de vie de ses habitants.
Quant aux raisons religieuses, les diatribes d'un Nhari, les opinions du conseil des oulémas sur l'apostasie ou encore les réactions nauséabondes de certains ministres à la dernière sortie de Assid sont autant d'indices qui prouvent qu'aucun travail n'a été réalisé sur ce volet pour faire face à l'obscurantisme. Même que face à la popularité du PJD et de Al Adl Wal Ihsane, l'état marocain au lieu de les contrecarrer a plutôt choisi la voie de la surenchère avec Allah seul sait quels résultats au bout du compte.
À une connaissance à qui je faisais remarquer que nous n'avons pas su entretenir un devoir de mémoire sur le 16 mai 2003, sa réponse laconique résume bien l'état d'avancement de notre démocratie : "Parce que nous avons réalisé ce devoir de mémoire pour les années de plomb ? "
Tahar Ben Jelloun, en plus de sa prolifique production de romans, nouvelles et contes à dormir debout pour occidentaux (no disrespect) excités de la vie sexuelle des musulmans, nous a accoutumé à écrire de temps à autre des chroniques où il traite de sujets plus sérieux.
Ainsi, il a commis (les membres de la BenJellol Watchlist m'excuseront si j'en omet mais ils pourront aller loler sur son site) un texte intitulé ''Maroc : L'islam doit rester dans les mosquées'' où il s'enfarge dans ses définitions et ne s'embarrasse pas de faire des raccourcis à faire jalouser les plus illustres des pamphlétaires. Il a également disserté sur ''La Porshe noire, le playboy et la burqa'', où il est question de... Au fait, si vous trouvez un fil conducteur, vous êtes sûrement une lumière. et de grâce, pas la peine de me l'expliquer en commentaire.
L'expertise religieuse de Ben Jelloun n'étant pas intrinsèquement exclusive, il a tendance à s'attaquer aux questions de santé publique ; ainsi, il s'est porté à la défense des porcs en Égypteen y voyant justement un complot ourdi par les islamistes contre ce noble animal (les amateurs de prosciutto ou de jamòn serrano lui en seront reconnaissant pour le restant de leur vie).
2011 ayant été l'année du 'printemps arabe', Tahar n'a pu s'empêcher de sortir un ''essai écrit à chaud sur un sujet qu'il connait bien et qui lui tient à coeur de faire comprendre'' (l'expression ici n'est pas de moi bien sûr mais de son éditeur) au commun des mortels...
Dans cet essai, et ce dès les premières lignes, il nous sort direct le grand jeu :
''On déplore souvent dans les débats à la télévision ou à la radio ''le silence des intellectuels arabes''. Depuis que le monde arabe [...] vit sous des dictatures [...], les intellectuels ne se sont pourtant jamais tus ni résignés à vivre dans le mépris et l'humiliation. [...] La liste est longue de ceux qui ont perdu leur vie en défendant les droits de l'homme.[...] Alors, de grâce, ne nous envoyez plus à la figure cette critique sans fondement : ''les intellectuels arabes ne réagissent pas''. Non seulement ils réagissent, mais ils prennent chaque fois des risques qu'aucun intellectuel occidental n'a jamais pris''
Je vous laisse juger de vous-même si Ben Jelloun fait partie de cette liste d'intellectuels. En 1987, accordant une entrevue à Pivot, il déclarait : ''Je rend grâce au Roi, parce que c'est quelqu'un que j'estime et je respecte''. Puis, en 2011 après les révoltes dans certains pays arabes, il déclarait : ''Hassan II est un peu comme Moubarak, on vivait sous un régime policier avec tortures, disparitions.''
Un peu plus loin, il revient à son grand dada : L'islamisme. Ainsi, écrit-il :
''Enfin, ce printemps signe la défaite de l'islamisme. Les militants islamistes furent absents et surpris par l'ampleur des manifestations. De nouvelles valeurs -en fait de vieilles valeurs- ont envahi le champs de la contestation arabe : Liberté, dignité, justice, égalité.''
Depuis que Tahar a griffonné ces lignes, les islamistes ont gagné les élections en Tunisie et en Égypte (et au Maroc mais ce dernier n'a pas eu de révolte). Remarquons aussi ces valeurs dont il parle, ce sont celles de la France de Guéant et de Sarkozy...
Dans le chapitre consacré au Maroc, on retrouve le Ben Jelloun qui répondait à Bernard Pivot en 1987, sauf que de nos jours, c'est Mohamed VI qui a toute son estime et son respect à la place de feu Hassan II :
''Si le Maroc était encore sous la coupe de Hassan II, si les 'années de plomb'' étaient encore d'actualité, sans hésitation, le peuple marocain aurait fait sa révolution. Mais le Maroc n'est plus là. Avec Mohamed VI, les réformes ont commencé peu après son accession au trône en juillet 1999.''
et il continue dans son délire :
'' ''Plus jamais ça !'' Tel était le message du roi. Depuis, il n'y a plus de torture dans les commissariats, plus d'arrestations arbitraires, plus de prisonniers politiques. Des policiers un peu trop zélés commettent évidemment encore des bavures. Les rapports d'Amnesty International et de Human Rights Watch, ainsi que ceux de la Ligue marocaine des droits d l'homme, indépendante du pouvoir, permettent d'en avoir la confirmation. Seule la lute contre le terrorisme reste très radicale dans ses méthodes.''
Ce paragraphe devrait être enseigné dans les cours de logique. Il commence par affirmer qu'il n'y a plus de torture pour finir par affirmer le contraire. Mais vous aurez compris qu'au nom de la lutte contre l'islamisme, il est permis d'utiliser des méthodes plus musclées, chacun sait d'ailleurs que les islamistes ne pourraient avoir les mêmes droits que les autres.
Le Maroc que Tahar décrit dans ce paragraphe est celui qui vient de connaître 3 immolations de diplômés chômeurs la semaine dernière. C'est celui également des procès politiques de Mou3ad L7a9edet de Mehdi Moujahid, arrêté pour avoir porté dans un match de handball une pancarte où était inscrit : 'Vive le Peuple'. Ce Maroc est aussi celui où Mohamed VI conserve tous ses pouvoirs et décide de la tournure des évènements (Voir la nomination des ambassadeurs) et nomme à ses côtés des conseillers que le peuple justement et le mouvement de contestation du 20 février considèrent comme corrompus.
Je pourrais continuer à énumérer toutes les énormités que contient cet 'essai' mais mon abnégation a ses limites et il me semble que ce florilège est assez révélateur.
Enfin, cet essai a été récompensé par le Prix de la paix Erich-Maria-Remarque. Comme quoi c'est en écrivant n'importe quoi qu'on gagne n'importe quel prix...
M. Moncef Marzouki, le nouveau président tunisien, dans la vidéo ci-dessus, déclare en parlant des palais du dictateur Ben Ali : ''Ce monsieur avait un château là, un autre par là, c'était juste inimaginable, [...], tous ces châteaux pour une seule personne ! Imaginez ! Il passe une journée par année dans un de ses châteaux... Et les gens meurent de faim... Pourquoi tous ces châteaux ? Moi, je considère cela le geste d'un mécréant : Des gens meurent de faim et une seule personne possède quatre châteaux ! C'est simplement inacceptable ! [...]''.
Au Maroc, selon la loi de finances pour l’année budgétaire 2011, les dépenses de fonctionnement liées au Roi et à la Cour royale étaient au total de 2.433.719.000 DH (deux milliards quatre cent trente-trois millions sept-cent-dix-neuf mille dirhams), soit à peine moins que le budget de fonctionnement du ministère de la justice (2.572.060.000 DH), et plus que celui des affaires étrangères (1.799.257.000 DH)), des habous (1.574.348.000 DH), de l’équipement et des transports (775.943.000 DH), du développement social (353.288.000 DH) ou même de l’agriculture (2.000.892.000 DH).
Cependant, toute comparaison entre les deux pays est totalement illusoire et ne saurait être que le geste d'un nihiliste sanguinaire recevant ses ordres d'Alger.
Update : Comme l'actualité fait bien les choses : On apprend que la Maison Royale espagnole ne reçoit de l'état ibérique que neuf millions d'euros par année. Encore là, toute comparaison serait futile...
Le Roi vient de nommer 28 ambassadeurs. Rien de nouveau sous le ciel diplomatique du Maroc : Les sujets de Sa Majesté sont habitués à voir, sur les chaînes nationales, ces messieurs et ces quelques rares dames s'agenouiller, baiser la main du Roi et accepter leurs lettres d'accréditation. Mais il y a un hic, la nouvelle constitution, adoptée en grande pompe à 98% par les électeurs marocains avec un taux de participation de 73% , stipule que le Conseil des ministres doit délibérer sur la nomination des ambassadeurs. Chose que le Conseil des ministres sortant n'a pas fait et que le futur Conseil ne peut réaliser bien sûr, Monsieur Benkirane en est encore au stage des pourparlers avec tout ce qu'il y a comme faune politique au Maroc.
Justement, M. Benkirane est passé par la télé nationale pour communiquer son plan d'action aux marocains ; chose très louable d'ailleurs, surtout si on tient compte du fait que le premier ministre sortant était trop effacé et que Sa Majesté ne donne pas d'interviews aux médias nationaux.
M. Benkirane a eu la gentillesse de revenir sur sa rencontre avec Sa Majesté lorsque ce dernier l'a convoqué (oui, le Roi convoque) pour le nommer à la tête du prochain gouvernement marocain. Le compte rendu qu'il en fait est assez précis : Il affirme « Bien sûr quand j’ai rencontré Sa Majesté le Roi, je ne faisais que l’écouter ». Il dit aussi : « je lui donnais du `’Votre majesté ‘ , des fois ‘ Sidna’ et des fois ‘Sidi Mohammed’ » . Il dit: « je lui ai présenté mes excuses et je lui ai dit ‘Votre Majesté, tout ça est nouveau pour moi, c’est la première fois que je vous rencontre en direct, pardonnez-moi Sidi Mohamed’ » . Il dit: « Sa Majesté m’a répondu : ‘Sidi Mohammed me va bien, j’ai le meilleur prénom, celui du prophète ». Il dit: « Que Dieu bénisse [Sa Majesté], j’ai rien à dire ».
Donc, nous avons d'un côté le palais qui délimite ses chasses gardées (de manière inconstitutionnelle ou en nommant des conseillers à la va-vite ) et de l'autre, un premier ministre qui ne 'fait qu'écouter' et qui 'n'a rien à dire'...
Quelles conclusions en tirer ? Que M.Benkirane ne veut pas heurter de front les prérogatives royales ? Que rien n'a vraiment changer au Maroc et que les grandes décisions sont toujours prises par des non-élus ? Que le 20 février a encore sa place dans la place publique ?
Chacun arrivera à la conclusion qui lui sied le mieux, une chose est cependant sûre, le chemin vers un véritable état de droit démocratique est encore long.
Une chose m'étonne prodigieusement – j'oserai dire qu'elle me stupéfie – c'est qu'à l'heure scientifique où j'écris, après les innombrables expériences, après les scandales journaliers, il puisse exister encore dans notre plus beau pays au monde le Maroc (comme ils disent au ministère du tourisme) un électeur, un seul électeur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant, qui consente à se déranger de ses affaires, de sa prière ou de son couscous, pour voter en faveur de quelqu'un ou de quelque chose.
Quand on réfléchit un seul instant, ce surprenant phénomène n'est-il pas fait pour dérouter les philosophies les plus subtiles et confondre la raison ? Où est-il le Ibn Khaldoun qui nous donnera la physiologie de l'électeur moderne ? Et le Ibn Rochd qui nous expliquera l'anatomie et les mentalités de cet incurable mejnoun ? Nous l'attendons.
Que le sieur feu Octave Mirbeau me pardonne d'avoir si peu modifié son texte.