8 juillet 2014

Tanger-Métrople, le volet infrastructures

Dans le cadre du programme Tanger-Métropole lancé par Sa Majesté le 26 septembre 2013, un budget de 727 millions de DH a été dédié à renforcer les infrastructures urbaines. A l’intérieur de ce cadre, le projet d'aménagement des boulevards de la ville consiste en l'élargissement des routes, la création de voies réservées aux autobus, le revêtement des trottoirs, la pose du mobilier urbain, la modernisation du réseau de signalisation et d'éclairage public et l'aménagement d'espaces verts.

Dans les faits, cela se traduit par le remplacement des candélabres (lampadaires publiques) fonctionnels et qui avaient été installés l’année d’avant ; par l’élargissement des routes dans des conditions de sécurité difficiles pour les ouvriers et les citoyens ; par le remplacement également des bordures des trottoirs  et l’installation de gazon dans des plates-bandes au milieu des routes, dans les ronds-points  et aux abords des grands axes. 

Le remplacement des candélabres déjà existants et tout à fait fonctionnels ne suit aucune logique : La distance entre les nouveaux candélabres installés semble aléatoire, varie et parfois est inférieure à  10 mètres. Quand on sait que le prix d’un candélabre dépasse souvent les 70 000 DH, on est en droit de se poser des questions sur l’utilité de planter des lampadaires aussi proches l’un de l’autre et soulève des questions de bonne gouvernance.

"En effet, les grandes métropoles se dotent d'un éclairage durable, non énergivore à l’aide d’un schéma directeur d'aménagement lumière. Ce document étaye la politique et la stratégie de mise en lumière de la ville, il prévoit le type de candélabre pour chaque voie routière ou piétonne, sa hauteur de feu, son intensité, sa source lumineuse et sa température couleur. Malheureusement, certaines des voies routières à Tanger sont actuellement éclairées avec des candélabres prévus pour des voies secondaires ou piétonnes. Ces candélabres n'éclairent pas les voies mais juste les pieds de mâts. De plus ils créent un éblouissement dangereux pour les automobilistes qui ne voient plus la route. Il faut éclairer là où il le faut et quand il le faut car la ville n'est pas un parc d'attraction. De plus, il est nécessaire de restituer à la nuit sa part d'obscurité et doter note ville d'une scénographie nocturne digne de Tanger."*
D’ailleurs, ces candélabres installés à Tanger sont les mêmes que ceux installés à Tétouane même si les deux villes différent de par leur architecture, histoire et climat…

Quant à l’élargissement des axes routiers de la ville, cela se fait dans des conditions de sécurité exécrables pour les ouvriers et pour les citoyens. Les signaux avisant des travaux sont absents ou bien sont installés sur le site même des travaux ne laissant aux conducteurs que peu de temps pour ralentir. D’autre part, lors de l’installation des ronds-points les conducteurs sont laissés à eux –mêmes car les feux rouges sont désactivés et on peut deviner le nombre d’accidents qui en résulte. Enfin, en plus de remplacer le revêtement des trottoirs, leur bordure est remplacée alors que celle-ci est encore fonctionnelle et est même meilleure que la nouvelle qui n’est faite que de ciment contrairement à la pierre.

Enfin, l’aménagement d’espaces verts se traduit dans la réalité surtout par la pose de gazon sur certains trottoirs –ceux des quartiers réputés huppés de la ville comme Jbel Lekbir- et donc par le rétrécissement de la superficie que les citoyens peuvent utiliser pour marcher (imaginez une maman avec une poussette qui doit slalomer entre les arbres plantés au milieu des trottoirs et le gazon pour rester sur le trottoir…) ; mais également, par la pose de gazon dans plates-bandes séparant les grands axes routiers comme l’avenue du Royaume de l’Arabie Saoudite et à l’intérieur des ronds-points.
Sachant que pour chaque m² de gazon, il faut 20 litres par an, imaginez alors la consommation d’eau de la municipalité de Tanger. Espaces verts ne veut pas dire nécessairement gazon ! Pourtant le Maroc s’est doté d’une charte nationale de l’environnement et de développement durable suite aux directives de Sa Majesté le Roi Mohamed VI, lors de son discours du Trône du 30 Juillet 2009. 

Malheureusement, tant et aussi longtemps que la politique de développement des villes passe par des institutions non élues et donc ne rendant compte à personne et tant que les maires des villes ont des pouvoirs limités, cette situation perdurera. 

*Ce paragraphe a été pris du groupe FB Société civile tangéroise suite à la publication de ce billet.

19 août 2013

Six mille morts et alors ?

Plus de six mille (6000) morts par an. Non, ce n'est pas un autre bilan de la guerre civile en Syrie ou en Tchétchénie, on parle juste du bilan des accidents de la route et des accidents du travail au Maroc.

Les accidents de la route au Maroc font chaque année plus de 4 000 morts et causent des dégâts matériels estimés à 14 milliards de dirhams, soit environ 2% du PIB ; quant aux accidents du travail, les seules statistiques dont on dispose concernent le BTP : Ils seraient près de 2000 ouvriers à perdre la vie chaque année sur les chantiers.

Bizarrement, malgré quelques articles qui paraissent à chaque année dans la presse, ce phénomène (comparable à une guerre civile) ne semble pas attirer l'attention des pouvoirs publiques ou de l'opinion publique. Le Maroc d'ailleurs vient tout juste de se conformer aux normes de l'OIT l'organisation internationale du travail.

Malgré un nouveau code la route sensé tacler l'hécatombe sur nos routes, le résultat est famélique. Quant aux accidents du travail, les employeurs (seules 13 000 sur 50 000 unités de BTP au Maroc sont, à l’heure actuelle, déclarées à la CNSS) continuent à ne pas s'assurer et fuient leurs responsabilités.

En attendant une prise de conscience, continuons à manifester en masse pour ce qui se passe en Égypte, à appeler à manifester pour les abus contre les subsahariens et à suivre les élucubrations des chroniqueurs de Hespress.

3 août 2013

Onze mineurs violés, trente années de réclusion et une grâce royale.

Onze mineurs violés, trente années de réclusion et puis une grâce royale. J'avoue qu'en écrivant ces lignes je n'ai toujours pas réussi à accepter cela. Une partie de moi refuse de croire qu'on puisse gracier un pédophile. Cela ne fait juste pas de sens.  Que ce criminel soit un agent irakien exfiltré ou que l'Espagne nous ait promis la rétrocession de Sebta et Melillia et l'incarcération de Javier Bardem, il reste qu'on ne libère pas un pédophile.

Sous d'autres cieux, on en serait déjà à deux ou trois démissions, une motion de censure contre le gouvernement et à quatre ou cinq points de presse et à des excuses officielles.
On se serait attelé à établir la chaîne des responsabilités en toute transparence en s'appuyant sur le dahir 1.77.226 qui stipule que le comité qui octroie la grâce est composé du ministre de la justice, du directeur du cabinet royal, du président de la chambre haute et de hauts fonctionnaires.
Tout ce que nous avons eu c'est un communiqué burlesque du ministre de la justice où il se déclare inapte "à commenter une décision de deux souverains". Comme si nous nous étions pas déjà assez rendus compte tous seuls de l'inaptitude de ce gouvernement à régler le moindre de nos soucis. Alors pour sauvegarder l'honneur de nos enfants, on repassera.
  
Quant à M. Benkirane, son réservoir d'indignation, il l'a épuisé jeudi pendant le conseil des ministres  en s'en prenant à une citoyenne qui aurait insulté un policier de la circulation. Du coup, il n'a pipé mot sur la grâce royale. Quand on sait que selon le rite malékite, un pédophile est passible de lapidation, on est en droit de se demander si vraiment le PJD est un parti islamiste.
Les seuls partis politiques ayant aborder cette tragédie sont le PAM et le PSU, sinon c'était silence radio.
Du côté des médias officiels de l'état, même silence assourdissant ; s'il a été question de jeunes c'est pour nous informer que "Sa Majesté le Roi lance trois projets solidaires dédiés à la femme et aux jeunes", rien sur une éventuelle grâce à un pédophile. Le résultat en est que la majorité des marocains ne sont pas au courant de cette tragédie ; heureusement que France24 et Aljazeera en ont fait mention dans leur téléjournal.

Comme si la situation n'était pas assez irréelle, hier lors des sit-in organisés dans différentes villes du Maroc, les autorités n'y sont pas allés de main morte et ont brutalisé et tabassé nombre de manifestants comme si on voulait nous communiquer que "La vie des marocain(e)s ne vaut rien."
Parlons-en de ces manifestants rudoyés, loin du cliché des gens du 20 février, il s'agissait de jeunes professionnels, de familles ayant des enfants en bas âge. Des gens apolitisés qui venaient juste crier leur indignation sans aucune demande politique ; à la fin de la soirée, les autorités ont réussi à faire d'elles des militants anti-régime. Le nombre de témoignages de gens qui défendaient bec et ongles le régime les deux dernières années et qui déclarent leur ras-le-bol après les événements d'hier est surprenant. Le régime en s'en prenant à eux, se les a aliénés. Sur une note plus personnelle, je tiens à exprimer mon admiration et tout le respect que je voue aux personnes que je connais ou pas qui sont sortis hier.

Enfin, cette tragédie en plus de nous mettre devant nos contradictions internes a mis à mal l'image et la réputation du Maroc, combien de titres de la presse international avec Maroc et pédophilie associés ? Le gouvernement est-il à ce point obnubilé par sa survie et par sa politique politicienne qu'il fait l'autruche ? Et le cabinet royal qui a pris part à cette tragédie, n'a-t-il pas des explications à nous fournir ?
Dans quel monde ces gens là vivent-ils ? Quelles peuvent bien être leurs valeurs pour avoir laissé une telle tragédie avoir lieu et surtout continuer dans leur mutisme maintenant qu'elle a été ébruité ? Et comment peuvent-ils encore se regarder dans un miroir ?

16 mai 2013

Que reste-t-il du 16 mai 2003 ?

Il y a dix ans le Maroc faisait son entrée dans le triste club des nations victimes d'attentats : Le 16 mai 2003 une dizaine de terroristes marocains se sont fait exploser et emportaient avec eux dans leur folie quarante et une victimes et faisaient une centaine de blessés.

Dix ans après que reste-t-il de ces tristes événements dans notre mémoire collective ? Les casablancais ont vécu ce drame dans leur chair et s'en souviennent mieux que quiconque ; mais qu'en est il du reste des marocains ?

Après la vague d'arrestations, de condamnations et la récupération politique de ces attentats pour s'en prendre aux mouvements islamistes, l'état marocain a vite balayé ces attentats et passé à autre chose ; car, ne l'oublions, ces événements sont l'expression de l'échec de la politique du tout sécuritaire. Jusqu'à ce jour, nous ne savons pas exactement qui a été l'instigateur de ces attentats.
Les raisons sociales qui pourraient expliquer le naufrage de certains des kamikazes sont encore là : Un tour à Sidi Moumen (d'où sont originaires la plupart des terroristes) suffit pour se rendre que rien n'a été fait pour améliorer les conditions de vie de ses habitants.
Quant aux raisons religieuses, les diatribes d'un Nhari, les opinions du conseil des oulémas sur l'apostasie ou encore les réactions nauséabondes de certains ministres à la dernière sortie de Assid sont autant d'indices qui prouvent qu'aucun travail n'a été réalisé sur ce volet pour faire face à l'obscurantisme. Même que face à la popularité du PJD et de Al Adl Wal Ihsane, l'état marocain au lieu de les contrecarrer a plutôt choisi la voie de la surenchère avec Allah seul sait quels résultats au bout du compte.

À une connaissance à qui je faisais remarquer que nous n'avons pas su entretenir un devoir de mémoire sur le 16 mai 2003, sa réponse  laconique résume bien l'état d'avancement de notre démocratie :  "Parce que nous avons réalisé ce devoir de mémoire pour les années de plomb ? "

26 janvier 2012

Tahar Ben Jelloun devrait se trouver un autre sujet qui lui tienne à cœur

Tahar Ben Jelloun, en plus de sa prolifique production de romans, nouvelles et contes à dormir debout pour occidentaux (no disrespect) excités de la vie sexuelle des musulmans, nous a accoutumé à écrire de temps à autre des chroniques où il traite de sujets plus sérieux.
Ainsi, il a commis (les membres de la BenJellol Watchlist m'excuseront si j'en omet mais ils pourront aller loler sur son site) un texte intitulé ''Maroc : L'islam doit rester dans les mosquées'' où il s'enfarge dans ses définitions et ne s'embarrasse pas de faire des raccourcis à faire jalouser les plus illustres des pamphlétaires. Il a également disserté sur ''La Porshe noire, le playboy et la burqa'', où il est question de... Au fait, si vous trouvez un fil conducteur, vous êtes sûrement une lumière. et de grâce, pas la peine de me l'expliquer en commentaire.
L'expertise religieuse de Ben Jelloun n'étant pas intrinsèquement exclusive, il a tendance à s'attaquer aux questions de santé publique ; ainsi, il s'est porté à la défense des porcs en Égypte en y voyant justement un complot ourdi par les islamistes contre ce noble animal (les amateurs de prosciutto ou de jamòn serrano lui en seront reconnaissant pour le restant de leur vie).

2011 ayant été l'année du 'printemps arabe', Tahar n'a pu s'empêcher de sortir un ''essai écrit à chaud sur un sujet qu'il connait bien et qui lui tient à coeur de faire comprendre'' (l'expression ici n'est pas de moi bien sûr mais de son éditeur) au commun des mortels...

Dans cet essai, et ce dès les premières lignes, il nous sort direct le grand jeu :

    ''On déplore souvent dans les débats à la télévision ou à la radio ''le silence des intellectuels arabes''. Depuis que le monde arabe [...] vit sous des dictatures [...], les intellectuels ne se sont pourtant jamais tus ni résignés à vivre dans le mépris et l'humiliation. [...] La liste est longue de ceux qui ont perdu leur vie en défendant les droits de l'homme.[...]
Alors, de grâce, ne nous envoyez plus à la figure cette critique sans fondement : ''les intellectuels arabes ne réagissent pas''. Non seulement ils réagissent, mais ils prennent chaque fois des risques qu'aucun intellectuel occidental n'a jamais pris''

Je vous laisse juger de vous-même si Ben Jelloun fait partie de cette liste d'intellectuels. En 1987, accordant une entrevue à Pivot, il déclarait : ''Je rend grâce au Roi, parce que c'est quelqu'un que j'estime et je respecte''.  Puis, en 2011 après les révoltes dans certains pays arabes, il déclarait : ''Hassan II est un peu comme Moubarak, on vivait sous un  régime policier avec tortures, disparitions.''



Un peu plus loin, il revient à son grand dada : L'islamisme. Ainsi, écrit-il :

      ''Enfin, ce printemps signe la défaite de l'islamisme. Les militants islamistes furent absents et surpris par l'ampleur des manifestations. De nouvelles valeurs -en fait de vieilles valeurs- ont envahi le champs de la contestation arabe : Liberté, dignité, justice, égalité.''

Depuis que Tahar a griffonné ces lignes, les islamistes ont gagné les élections en Tunisie et en Égypte (et au Maroc mais ce dernier n'a pas eu de révolte). Remarquons aussi ces valeurs dont il parle, ce sont celles de la France de Guéant et de Sarkozy...

Dans le chapitre consacré au Maroc, on retrouve le Ben Jelloun qui répondait à Bernard Pivot en 1987, sauf que de nos jours, c'est Mohamed VI qui a toute son estime et son respect à la place de feu Hassan II :

     ''Si le Maroc était encore sous la coupe de Hassan II, si les 'années de plomb'' étaient encore d'actualité, sans hésitation, le peuple marocain aurait fait sa révolution. Mais le Maroc n'est plus là. Avec Mohamed VI, les réformes ont commencé peu après son accession au trône en juillet 1999.''

et il continue dans son délire :

     '' ''Plus jamais ça !'' Tel était le message du roi. Depuis, il n'y a plus de torture dans les commissariats, plus d'arrestations arbitraires, plus de prisonniers politiques. Des policiers un peu trop zélés commettent évidemment encore des bavures. Les rapports d'Amnesty International et de Human Rights Watch, ainsi que ceux de la Ligue marocaine des droits d l'homme, indépendante du pouvoir, permettent d'en avoir la confirmation. Seule la lute contre le terrorisme reste très radicale dans ses méthodes.''

Ce paragraphe devrait être enseigné dans les cours de logique. Il commence par affirmer qu'il n'y a plus de torture pour finir par affirmer le contraire. Mais vous aurez compris qu'au nom de la lutte contre l'islamisme, il est permis d'utiliser des méthodes plus musclées, chacun sait d'ailleurs que les islamistes ne pourraient avoir les mêmes droits que les autres.
Le Maroc que Tahar décrit dans ce paragraphe est celui qui vient de connaître 3 immolations de diplômés chômeurs la semaine dernière. C'est celui également des procès politiques de Mou3ad L7a9ed et de Mehdi Moujahid, arrêté pour avoir porté dans un match de handball une pancarte où était inscrit : 'Vive le Peuple'. Ce Maroc est aussi celui où Mohamed VI conserve tous ses pouvoirs et décide de la tournure des évènements (Voir la nomination des ambassadeurs) et nomme à ses côtés des conseillers que le peuple justement et le mouvement de contestation du 20 février considèrent comme corrompus.

Je pourrais continuer à énumérer toutes les énormités que contient cet 'essai' mais mon abnégation a ses limites et il me semble que ce florilège est assez révélateur.

Enfin, cet essai a été récompensé par le Prix de la paix Erich-Maria-RemarqueComme quoi c'est en écrivant n'importe quoi qu'on gagne n'importe quel prix...

27 décembre 2011

L'exception marocaine


M. Moncef Marzouki, le nouveau président tunisien, dans la vidéo ci-dessus, déclare en parlant des palais du dictateur Ben Ali : ''Ce monsieur avait un château là, un autre par là, c'était juste inimaginable, [...], tous ces châteaux pour une seule personne ! Imaginez ! Il passe une journée par année dans un de ses châteaux... Et les gens meurent de faim... Pourquoi tous ces châteaux ? Moi, je considère cela le geste d'un mécréant : Des gens meurent de faim et une seule personne possède quatre châteaux ! C'est simplement inacceptable ! [...]''.

Au Maroc, selon la loi de finances pour l’année budgétaire 2011, les dépenses de fonctionnement liées au Roi et à la Cour royale étaient au total de 2.433.719.000 DH (deux milliards quatre cent trente-trois millions sept-cent-dix-neuf mille dirhams), soit à peine moins que le budget de fonctionnement du ministère de la justice (2.572.060.000 DH), et plus que celui des affaires étrangères (1.799.257.000 DH)), des habous (1.574.348.000 DH), de l’équipement et des transports (775.943.000 DH), du développement social (353.288.000 DH) ou même de l’agriculture (2.000.892.000 DH).

Cependant, toute comparaison entre les deux pays est totalement illusoire et ne saurait être que le geste d'un nihiliste sanguinaire recevant ses ordres d'Alger.

Update : Comme l'actualité fait bien les choses : On apprend que la Maison Royale espagnole ne reçoit de l'état ibérique que neuf millions d'euros par année. Encore là, toute comparaison serait futile...

6 décembre 2011

Business as usual



Le Roi vient de nommer 28 ambassadeurs. Rien de nouveau sous le ciel diplomatique du Maroc : Les sujets de Sa Majesté sont habitués à voir, sur les chaînes nationales, ces messieurs et ces quelques rares dames s'agenouiller, baiser la main du Roi et accepter leurs lettres d'accréditation. Mais il y a un hic, la nouvelle constitution,  adoptée en grande pompe à 98% par les électeurs marocains avec un taux de participation de 73% , stipule que le Conseil des ministres doit délibérer sur la nomination des ambassadeursChose que le Conseil des ministres sortant n'a pas fait et que le futur Conseil ne peut réaliser bien sûr, Monsieur Benkirane en est encore au stage des pourparlers avec tout ce qu'il y a comme faune politique au Maroc.

Justement, M. Benkirane est passé par la télé nationale pour communiquer son plan d'action aux marocains ; chose très louable d'ailleurs, surtout si on tient compte du fait que le premier ministre sortant était trop effacé et que Sa Majesté ne donne pas d'interviews aux médias nationaux.

M. Benkirane a eu la gentillesse de revenir sur sa rencontre avec Sa Majesté lorsque ce dernier l'a convoqué (oui, le Roi convoque) pour le nommer à la tête du prochain gouvernement marocain. Le compte rendu qu'il en fait est assez précis : Il affirme « Bien sûr quand j’ai rencontré Sa Majesté le Roi, je ne faisais que l’écouter ». Il dit aussi : « je lui donnais du `’Votre majesté ‘ , des fois ‘ Sidna’ et des fois ‘Sidi Mohammed’ » . Il dit: « je lui ai présenté mes excuses et je lui ai dit ‘Votre Majesté, tout ça est nouveau pour moi, c’est la première fois que je vous rencontre en direct, pardonnez-moi Sidi Mohamed’ » . Il dit: « Sa Majesté m’a répondu : ‘Sidi Mohammed me va bien, j’ai le meilleur prénom, celui du prophète ». Il dit: « Que Dieu bénisse [Sa Majesté], j’ai rien à dire ».

Donc, nous avons d'un côté le palais qui délimite ses chasses gardées (de manière inconstitutionnelle ou en nommant des conseillers à la va-vite ) et de l'autre, un premier ministre qui ne 'fait qu'écouter' et qui 'n'a rien à dire'...
Quelles conclusions en tirer ? Que M.Benkirane ne veut pas heurter de front les prérogatives royales ? Que rien n'a vraiment changer au Maroc et que les grandes décisions sont toujours prises par des non-élus ? Que le 20 février a encore sa place dans la place publique ? 
Chacun arrivera à la conclusion qui lui sied le mieux, une chose est cependant sûre, le chemin vers un véritable état de droit démocratique est encore long.



25 novembre 2011

Mafahamech...


Une chose m'étonne prodigieusement – j'oserai dire qu'elle me stupéfie – c'est qu'à l'heure scientifique où j'écris, après les innombrables expériences, après les scandales journaliers, il puisse exister encore dans notre plus beau pays au monde le Maroc (comme ils disent au ministère du tourisme) un électeur, un seul électeur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant, qui consente à se déranger de ses affaires, de sa prière ou de son couscous, pour voter en faveur de quelqu'un ou de quelque chose.

Quand on réfléchit un seul instant, ce surprenant phénomène n'est-il pas fait pour dérouter les philosophies les plus subtiles et confondre la raison ? Où est-il le Ibn Khaldoun qui nous donnera la physiologie de l'électeur moderne ? Et le Ibn Rochd qui nous expliquera l'anatomie et les mentalités de cet incurable mejnoun ? Nous l'attendons.





Que le sieur feu Octave Mirbeau me pardonne d'avoir si peu modifié son texte.

28 juin 2011

Mascarade référendaire


Le makhzan a enfin répondu aux attentes des marocains (tous les marocains ? Non ! Juste une bande d'irréductibles jeunes inconscients à la solde du polisario) et la nouvelle constitution (octroyée encore une fois car il n'y a pas eu de constituante) a été présentée le 17 juin par Sa Majesté lors d'une allocution télévisée.
La nouvelle mouture, bien qu'en augmentant sur papier les prérogatives du premier ministre ne lui permet de prendre aucune décision sans qu'elle soit avalisée par le Roi. Ce dernier, n'est plus sacré mais 'sa personne est inviolable, et respect lui est dû'. (Plus ça change, plus c'est pareil). Quant à ses pouvoirs, il est dorénavant à la tête d'un plus grand nombre d'institutions qu'il ne l'était dans la constitution précédente.(À vous de juger de la démocratisation du Maroc).

Lors de son discours, Sa Majesté a incité les marocains à voter oui et a même lié la réussite de cette réforme à une issue triomphante au conflit qui nous oppose dans nos provinces du sud aux séparatistes. Conflit, rappelons le, causé en grande partie par l'Opération Écouvillon et dont le peuple marocain paye les pots cassés depuis l'indépendance.
Avant que cette allocution ne soit terminée, on a pu entendre dans les rues marocaines, une pléthore de klaxons et de chants à la gloire de la nouvelle constitution. Les mkadmias et autres sous-fifres du ministère de l'intérieur, celui-là même responsable de la tenue du référendum, avaient harangué les nécessiteux des quartiers populaires à sortir clamer leur joie. Ainsi, avant la fin même du discours censé présenter aux marocains la démocratie, le makhzan continuait dans ses pratiques d'antan.

Quant à la date de la tenue du référendum, elle a été fixé au 1er juillet ; soit une campagne référendaire de moins de deux semaines (mais qui a commencé pour le oui pendant le discours). Quelqu'un, quelque part, a un bon sens de l'humour : On avait 10 jours pour lire, comprendre et discuter en public un pavé juridico-légal de 32 pages (nombre de pages du Bulletin Officiel) composé de 180 articles alors que plus de 50% des marocains sont analphabètes.

On apprenait également que le ministère de l'intérieur (encore lui), octroyait 70 millions de DH aux partis politiques pour promouvoir le oui. On se retrouve ainsi avec un espace public inondé de publicités pour le oui avec l'argent des contribuables. Les partisans du non eux, peuvent toujours se rabattre sur Twitter ou mamfakinch.com pour faire passer leur avis.

Le vendredi suivant, lors des prêches dans les mosquées, les imams ont invité les pratiquants à voter pour le oui et à suivre docilement les directives d'Amir Al Mouminine. On apprenait aussi que les zawayas invitaient leurs fidèles à voter pour le oui. Faire appel à la religion pour des fins politiques n'est plus l'adage des seuls islamistes.

À la lumière de ces agissements et du fait que le makhzan continue à bafouer les libertés les plus élémentaires des marocains (allez faire un tour pour vous en rendre compte sur Lakome ou Demain ou même Hespress), participer à ce processus ne fera que crédibiliser et légitimer son discours (destiné surtout à faire gober à l'occident que le Maroc est sur la bonne voie et ce plus de 10 ans).

Le boycott me semble donc la solution la plus logique pour refuser cette mascarade et remplir le devoir de citoyen de chaque marocain.

30 mai 2011

Le Maroc est un îlot de démocratie

Le Makhzan est tellement soucieux de respecter les lois qu'il adopte que tous les marocains devraient en tirer une fierté. Ainsi jeudi dernier, le conseil de gouvernement a ratifié deux protocoles facultatifs, le premier relatif à la convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes et le second se rapportant à la convention de lutte contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Trois jours plus tard, pour montrer son sérieux et son professionnalisme, le Makhzan a mandaté ses représentants auprès de la population pour prêcher la bonne nouvelle.



Regardez surtout vers les 1:50 (et ayez en mémoire qu'hier, c'était la fête des mères).