12 décembre 2009

Le catastrophomètre

Il s'agit d'une 'invention pour donner une nouvelle mesure de qui vous êtes, d’où vous venez et où vous allez dans la vie.' Le catastrophomètre originale utilise les informations de votre situation sociale au moment des évènements suivants : La tuerie de la polytechnique, le 11 septembre 2001 et aujourd'hui. Pas mal de blogueurs québécois s'y sont adonné et il semble même que ça se propage comme une traînée de poudre. Bien que ça soit un exercice assez personnel, j'ai décidé de m'y prêter et à le publier. Si des blogueurs de la Blogoma voudraient y adhérer à leur tour, ils pourraient alors changer les évènements précédents pour ceux qui les ont vraiment touchés personnellement.
Polytechnique (poly)
: Je ne suis encore qu'un ti-cul du Tiers-Monde qui découvre les méandres des relations en société : Je me rends compte que plus tu joues bien au foot et t'as pas honte de parler aux filles, plus les fils à papa ont tendance à t'inviter dans leurs villas et plus les saligauds du quartier où on restait avaient eux tendance à me chercher noise.
Des années plus tard (l'an 2000), quand j'ai rencontré 'Leaticia Casta', j'ai appris toute l'horreur qui s'était passé à Poly et qu'une de mes futures belle-tantes avait reçu pas moins de quatre balles lors de ce 6 décembre 1989. Le lendemain, en retournant à Poly pour mes cours, je posais un tout autre regard sur 'mon' école.
11 septembre : J'étais en 2e année de génie informatique à Poly ; la vie est belle : 'Leaticia Casta' a déménagé avec moi et je commençais à me plaire au Québec. Je n'étais par contre plus sûr de vouloir être un ingénieur et je me demandais si je n'avais pas fait une connerie en me laissant convaincre que parce que j'étais bon en maths, je ferai un bon ingénieur.
Le matin du 11 septembre, j'ai un cours d'économie et quand j'arrive à Poly, je trouve pas mal d'étudiants dans le hall d'entrée et à l'étage de la cafétéria, ils regardent tous les écrans télé et se parlent plus à eux-mêmes qu'aux autres personnes autour d'eux. Je décide alors de retourner chez moi pour suivre cela à la télé, je n'arrive tout simplement pas à croire qu'il y ait des malades pour poser un tel geste. Je ne réalise pas encore que cet épisode aura autant d'impact sur le monde arabo-musulman et je me rappelle avoir penser que les étasuniens n'allaient pas être contents; mais j'étais loin de me douter que cet épisode, que les occidentaux trouvent si effroyable, allait avoir autant d'incidences catastrophiques sur le Moyen-Orient et allait surtout servir de prétexte pour mettre tous les arabo-musulmans dans le même sac, celui des terroristes.
Aujourd'hui : Je suis un 'jeune' professionnel travaillant dans le domaine des finances ; mardi dernier, j'ai appris que mon contrat n'allait pas être renouvelé et que je devrai donc mettre à jour mon CV. Je me pose encore pas mal de questions sur ma carrière et je me demande surtout si je veux rester au Canada ou bien rentrer au Maroc. Plus je vieillis, plus j'abhorre comment la société fonctionne et une petite voix dans ma tête n'arrête pas de me dire que tout ceci n'est que de la poudre aux yeux. Cependant, la Vie finit toujours par me réconcilier avec le genre humain et je me dis qu'il faut bien donner la chance au coureur.

12 novembre 2009

Sélection Twitter de la semaine

Comme je publie pas mal sur Twitter et que surtout au lieu d'écrire des billets en bonne et dû forme, je me contente de plus en plus des 14o caractères d'un tweet pour faire passer mon message (frustration-contentement-cynisme), j'ai décidé d'y aller avec une sélection des tweets que j'ai écris pendant la dernière semaine. Il va de soi que ces tweets sont reproduits tels quels (avec leurs fautes d'orthographe, leur language cru et leur fraîcheur) :
  • unemarocaine RT @Reda_: Fuck, être blogueur arabe c forcément être engagé même qd on ne veut pas l'Actualité nous rattrape!
  • Viens de me faire dire par mon dentiste: 'Je ne sais pas si c votre culture mais votre bouche fait pitié' et le pire c ke j'ai fermé ma gueule.
  • Or ''Crime of Passion' ? RT @SusanneUre "Honor Crime": Prominent Ottawa Muslim given a year in jail http://bit.ly/2srkpM
  • Restants du Maroc: Je n'ai pu m'empêcher de crier '3acha lmalik' (vive le roi) au passage du Prince Charles #reflexedepavlov
  • @Tariqramadan le terrible by Nathalie Petrowski http://is.gd/4SfMT elle a réussi à mettre le doigt sur ce qui cloche avec lui
  • Qu'ils mangent la marde ! RT @Hisham_G: Al Watan: « Le discours de Mohammed VI est inamical » http://bit.ly/3wyffP
  • Minilogue - The Leopard (extrawelt remix) http://is.gd/4QsRr best live I ever witnessed and really nice music
  • Quand le hijab s'accommode au sport http://is.gd/4PFsI no comment
  • Les blogueurs se font descendre comme des mouches ds les pays arabes: La contestation est passée à l'ère du numérique

10 novembre 2009

Morocco: Press freedom under attack

Morocco has seen "a real degradation of the freedom of the press," according to the secretary general of Reporters sans Frontieres (RSF - Reporters without Borders) Jean-Francois Julliard.
In the last two years, journalists in Morocco witnessed a shift in the way the government deals with their articles. From economic pressure by requesting the companies to withdraw their advertisements in the newspapers considered as opposing the regime, the journalists are now fined with astronomical amounts, imprisoned, and their newspapers shut down with no legal basis. Some will argue that at least no torture against the journalists is being reported, to which others reply that imprisonment is torture.
The so called Makhzen, the structure underlying the power in Morocco coming down from the King to the simple public servant, is seemingly changing tactics: From attacking the media corporation directly and threatening whoever dares to stand against their interests, they are using the judges who for sure can't pronounce a judgment against the Makhzen's interests if they want to keep their jobs safe.
The core of the problem, as it is the case of all the dictatorial regimes, is the fact that there is a minority that controls all the power including the economy of the country and cannot stand to see not even a minor crack in the system they managed to build. One weakness this minority might have is the fact that the foreign democratic countries dealing financially with it, would exert from time to time to keep a facade of democracy so their public opinions will have a positive opinion. Another one is the fact that the Moroccans are more and more confronted with the realities of other nations, through satellite channels and Internet, and see what democracy and prosperity resemble.
Other nations were living under dictatorship (e.g.,Spain, Portugal...) and managed to put an end to it; it may take time or violent ways but a whole nation can not be enslaved for too long.

9 novembre 2009

Le coeur à découvert

''Il y a des années, comme ça, où les feuilles n'ont pas le temps de sécher sur les branches. En fin d'après-midi, Montréal flambe dans un délire de couleurs violentes et le lendemain matin tout est brun, mort, sec, comme un feu qu'on a laissé mourir. La tristesse vous tombe dessus au saut du lit et vous vous dites pour la millième fois quel pays de cul, quelle absurdité, qu'est ce que je fous ici, enterré pendant six mois de l'année dans la neige sale, la sloche, le sel, le froid, les maisons surchauffées,les rhumes de cerveau, les bronchites, maudite marde! J'ai calculé depuis peu que nos arbres ne portent des feuilles que cinq mois par année et l'absurdité de la chose m'a jeté par terre. Pas étonnant que nous soyons un peuple défaitiste!'' Michel Tremblay, Le coeur à découvert.

Je découvre la littérature québécoise, petit à petit, il a fallu que je m'éloigne de Montréal pour qu'enfin je me décide à le faire (une autre contradiction de ma vie). Le cœur à découvert parle d'amour (pas du tout confortable d'ailleurs), d'incertitudes et d'interactions humaines entre différents personnages vivant chacun une situation conflictuelle avec lui-même ou avec la société. Ce roman décrit aussi le Montréal des années quatre vingt avec ses différents quartiers et sa vie propre pour qui je ressens un pincement au cœur à chaque fois que j'y pense.
Michel Tremblay se permet à travers ses personnages de jeter un regard sur la société et les choses de la vie; comme dans le passage reproduit ci-haut où il pointe du doigt une facette des québécois que j'avais pressenti mais que je ne m'étais jamais expliqué : Leur défaitisme. Son explication en vaut bien une autre. D'ailleurs, ce trait là, je pense qu'on le retrouve aussi chez les marocains mais causé par une tout autre raison que le mauvais temps ou le froid, mais ne gâchons pas notre plaisir en mélangeant littérature et politique.

29 octobre 2009

Je me souviens

المهدي بن بركة ولد في يناير 1920 بالرباط في المغرب. إختفى في 29 أكتوبر 1965 في فونتني لو فيكونت شمال فرنسا. كان من السياسيين المغاربة، وأكبر معارض إشتراكي للملك الحسن الثاني وزعيم حركة العالم الثالث والوحدة الأفريقية. تعتبر قضيته رمز الحقبة المظلمة تحت حكم الملك الحسن الثاني، و لطالما جمدت العلاقات الثنائية بين فرنسا والمغرب.

Mehdi Ben Barka (born 1920 – disappeared October 29, 1965) (Arabic: المهدي بن بركة‎) was a Moroccan politician, head of the left-wing National Union of Popular Forces (UNPF) and secretary of the Tricontinental Conference. An opponent of Hassan II, he "disappeared" in Paris in 1965. As of 2009, the Ben Barka Affair has not been completely clarified, and investigations are on-going.

Mehdi Ben Barka (né en janvier 1920 à Rabat, Maroc - disparu le 29 octobre 1965 à Fontenay-le-Vicomte) était un homme politique marocain, principal opposant socialiste au roi Hassan II et leader du mouvement tiers-mondiste et panafricaniste.
L'affaire Ben Barka, restera le symbole :
* de la politique clientéliste franco-africaine (la fameuse France-Afrique symbolisée par Foccart).
* des années de plomb sous le roi Hassan II, ce qui a longtemps gelé les relations franco-marocaines.
* des dysfonctionnements graves des pouvoirs exécutif, judiciaire et médiatique, tant en France qu'au Maroc.

Mehdi Ben Barka fue un político marroquí, activista por la independencia y más tarde disidente del régimen de Hasan II, cofundador de los partidos políticos Istiqlal y UNFP y figura dirigente del movimiento tercermundista. Nació en Rabat en 1920 y murió en extrañas circunstancias en París en 1965. Su secuestro y asesinato a manos, aparentemente, de los servicios secretos marroquíes es uno de los episodios más emblemáticos de la época de la historia de Marruecos conocida como años de plomo.

20 octobre 2009

Attention, je vous écoute...

Une collègue québécoise arrive dans mon bureau avec un dossier dans ses mains en s'exclamant: ''Je suis toute fourrée, Ostie! Et j'ai même pas de plaisir à part de ça!''

17 octobre 2009

Citation du jour

'Je me ferai vacciner. Si cela peut m'éviter une grosse grippe d'homme, pourquoi pas? Si cela peut éviter aussi que je la donne à d'autres; on ne montre jamais trop de civisme. Mais aussi par snobisme. Je préférerais mourir d'un vaccin qui tournerait mal que de la honte d'être dans le même camp que les illuminés et les granoles.' Pierre Foglia

4 octobre 2009

Harper on stage

Il y a des signes qui ne trompent pas (ou si dépendant de votre allégeance politique) : Le Canada aura un gouvernement majoritaire conservateur lorsque les élections seront déclenchées. Je tombe de plus en plus sur des textes de chroniqueurs politiques qui soit font l'apologie du virage entrepris par Stephen Harper pour se situer dans le centre-droit du spectre politique soit font étalage des dissensions au sein de Parti Libéral. Et la cerise sur le 'sundae' est la prestation hier soir de Stephen Harper au piano au Centre National des Arts (vidéo ci-dessous), comment ne pas trouver sympathique un gars (même s'il est de droite) qui joue du piano et chante les Beatles ?



Il reste juste à espérer qu'une fois réélu avec une majorité, Harper ne retourne pas sa veste et profite des coudées franches pour retrouver sa vraie nature.

25 août 2009

La vérité est ailleurs

La Blogoma et la twittoma ont été le théâtre ces derniers temps d'un mouvement de contestation virulant suite à la décision du ministre de la Communication Khalid Naciri d'interdire la publication d'un sondage portant sur la personne de Sa Majesté le Roi ; ce mouvement ayant pour slogan 'je suis un 9%' en référence au pourcentage de personnes sondées qui disaient ne pas apprécier le bilan des dix ans de règne de Sa Majesté.
Ce n'est pas la première fois que les internautes marocains se mobilisent pour une cause politique, on n'a qu'à se rappeler la mobilisation pour la libération de Mortada ou encore d'Erraji ; cependant, cette fois-ci, ce mouvement s'attaque directement au fondement de la monarchie : La personne du Roi. Car ne soyons pas dupes, ces contestataires auraient pu choisir un autre slogan que celui là mais en jetant leur dévolu sur 'Je suis un 9%' le message qu'ils envoient est bel et bien un de haine et de condamnation sans appel de la monarchie ou du moins de l'état de la monarchie marocaine tel qu'il est aujourd'hui.
Arrêtons nous un moment pour décortiquer les 'doléances' ou demandes que ce mouvement réclame et prône pour que le Maroc aille mieux selon leur vision.
La première mesure est la mise en place d'une réforme constitutionnelle dans le sens de l'instauration d'une monarchie parlementaire et le renforcement des institutions démocratiques (je vous accorde que c'est un peu long mais comme on dit chez nous 'wessel lkedab lbab darou'). Le Maroc a un parlement avec des élections législatives qu'on ne peut taxer de frauduleuses et bien que le premier ministre soit nommé par le Roi, il est issue du groupe parlementaire qui a remporté le plus de sièges. Sa Majesté aurait pu choisir n'importe quelle autre personne mais a consenti à suivre le vote populaire. Il ne faudrait quand même pas demander tout et son inverse : Si le Parti de l'Istiqlal a élu à sa tête Abbas El Fassi et si les marocains ont voté majoritairement pour ce parti, ce n'est quand même pas la faute de la monarchie. Quant au renforcement des institutions démocratiques, il n'y pas un discours que Sa Majesté donne où elle ne souligne pas l'importance de l'état de droit et n'incite pas les marocains et tous les responsables politiques à emprunter cette voie.
Le deuxième point soulevé par ce mouvement est celui de la réforme de l'Éducation, encore là à l'occasion de la fête du trône le 31 juillet dernier, Sa Majesté déclarait: 'La réforme judicieuse du système d'éducation et de formation est la voie essentielle à emprunter pour relever les défis du développement, car il faut bien reconnaître qu'il ne s'agit pas d'une simple réforme sectorielle, mais d'un combat salutaire face à un défi d'une grande ampleur.' Plus clair que cela et il faudrait que le Roi lui-même mène cette réforme et là on crierait encore au loup (bien que l'emblème de la monarchie marocaine soit le lion mais ça c'est une autre histoire).
Le troisième point soulevé par ces contestataires (le terme nihilistes serait plus adéquat mais il ne faut pas envenimer l'atmosphère car 'ina lwatana ghafouroun rahim') est celui de la réforme de la Justice, et encore là Sa Majesté déclarait jeudi dernier : 'La justice représente, à Nos yeux, la clef de voûte pour la concrétisation d'un principe auquel Nous sommes particulièrement attaché, à savoir l'égalité des citoyens devant la loi.'
Nous pourrions continuer comme cela assez longtemps mais je vais vous épargner cela (bien que je doute que certains en seraient réjouis vue qu'ils doivent attendre le Ftour).
Il appert ainsi de ce qui précède que non seulement la monarchie agit et incite les marocains à emprunter la voie de la démocratisation mais met de l'avant toutes les mesures que ces '9%' aveuglés qu'ils sont par leur nihilisme voudraient voir se concrétiser. Le problème du Maroc n'est pas tant un d'institutions ou de constitution mais plutôt de prise de conscience de tous les citoyens du rôle qu'ils ont à jouer et que la démocratie ne saurait être le fruit du labeur d'un seul homme aussi sacré soit-il mais plutôt celui d'un travail collectif.
Enfin, un dernier point qui est spécifique à ce mouvement et c'est celui de la provenance géographique de ses membres, il est évident que la majorité sont établis à l'extérieur du Maroc et n'ont donc forcément pas la même vision des réalités de ce pays que les marocains y vivant. Est ce que cela expliquerait la hargne et l'agressivité de ce mouvement? Je laisse à d'autres le soin de s'y attarder car c'est un terrain assez glissant et il me semble ce n'est pas une voie à emprunter si nous voulons tous construire le Maroc de demain.

28 juillet 2009

Vous y croyez encore?

[...]D'accord! Mohamed est le dernier prophète en date, la chose est entendue, d'accord avec le consensus! Mais il y en a eu d'autres, de prophètes, par la suite. C'est ce qu'ils ont prétendu et on les a crus.
Je cite dans le désordre : Nasser qui a renversé le roi Farouk, a pendu les frères musulmans puis s'est retourné contre les communistes ; le petit roi Hussein qui a bradé la Cisjordanie pour se débarrasser des Palestiniens et sauvegarder son trône hachémite ; Mohamed V qui n'a pas fait grand chose de son vivant sinon d'aller en taule, il est devenu un héros puisque les croyants l'ont vu dans la lune alors qu'il était en exil à Madagascar ; Hassan II qui s'est proclamé Prince des croyants, a envoyé l'armée s'ensabler au Sahara occidental parce qu'elle avait failli le renverser à trois reprises, et les opposants il les a encagés dans les geôles de Tazmamart de sinistre mémoire, mais il est mort et on lui a construit un beau mausolée pour touristes, on y prie jour et nuit pour le salut de âme [...]

L'Homme qui venait du passé, Driss Chraïbi