25 novembre 2011

Mafahamech...


Une chose m'étonne prodigieusement – j'oserai dire qu'elle me stupéfie – c'est qu'à l'heure scientifique où j'écris, après les innombrables expériences, après les scandales journaliers, il puisse exister encore dans notre plus beau pays au monde le Maroc (comme ils disent au ministère du tourisme) un électeur, un seul électeur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant, qui consente à se déranger de ses affaires, de sa prière ou de son couscous, pour voter en faveur de quelqu'un ou de quelque chose.

Quand on réfléchit un seul instant, ce surprenant phénomène n'est-il pas fait pour dérouter les philosophies les plus subtiles et confondre la raison ? Où est-il le Ibn Khaldoun qui nous donnera la physiologie de l'électeur moderne ? Et le Ibn Rochd qui nous expliquera l'anatomie et les mentalités de cet incurable mejnoun ? Nous l'attendons.





Que le sieur feu Octave Mirbeau me pardonne d'avoir si peu modifié son texte.

28 juin 2011

Mascarade référendaire


Le makhzan a enfin répondu aux attentes des marocains (tous les marocains ? Non ! Juste une bande d'irréductibles jeunes inconscients à la solde du polisario) et la nouvelle constitution (octroyée encore une fois car il n'y a pas eu de constituante) a été présentée le 17 juin par Sa Majesté lors d'une allocution télévisée.
La nouvelle mouture, bien qu'en augmentant sur papier les prérogatives du premier ministre ne lui permet de prendre aucune décision sans qu'elle soit avalisée par le Roi. Ce dernier, n'est plus sacré mais 'sa personne est inviolable, et respect lui est dû'. (Plus ça change, plus c'est pareil). Quant à ses pouvoirs, il est dorénavant à la tête d'un plus grand nombre d'institutions qu'il ne l'était dans la constitution précédente.(À vous de juger de la démocratisation du Maroc).

Lors de son discours, Sa Majesté a incité les marocains à voter oui et a même lié la réussite de cette réforme à une issue triomphante au conflit qui nous oppose dans nos provinces du sud aux séparatistes. Conflit, rappelons le, causé en grande partie par l'Opération Écouvillon et dont le peuple marocain paye les pots cassés depuis l'indépendance.
Avant que cette allocution ne soit terminée, on a pu entendre dans les rues marocaines, une pléthore de klaxons et de chants à la gloire de la nouvelle constitution. Les mkadmias et autres sous-fifres du ministère de l'intérieur, celui-là même responsable de la tenue du référendum, avaient harangué les nécessiteux des quartiers populaires à sortir clamer leur joie. Ainsi, avant la fin même du discours censé présenter aux marocains la démocratie, le makhzan continuait dans ses pratiques d'antan.

Quant à la date de la tenue du référendum, elle a été fixé au 1er juillet ; soit une campagne référendaire de moins de deux semaines (mais qui a commencé pour le oui pendant le discours). Quelqu'un, quelque part, a un bon sens de l'humour : On avait 10 jours pour lire, comprendre et discuter en public un pavé juridico-légal de 32 pages (nombre de pages du Bulletin Officiel) composé de 180 articles alors que plus de 50% des marocains sont analphabètes.

On apprenait également que le ministère de l'intérieur (encore lui), octroyait 70 millions de DH aux partis politiques pour promouvoir le oui. On se retrouve ainsi avec un espace public inondé de publicités pour le oui avec l'argent des contribuables. Les partisans du non eux, peuvent toujours se rabattre sur Twitter ou mamfakinch.com pour faire passer leur avis.

Le vendredi suivant, lors des prêches dans les mosquées, les imams ont invité les pratiquants à voter pour le oui et à suivre docilement les directives d'Amir Al Mouminine. On apprenait aussi que les zawayas invitaient leurs fidèles à voter pour le oui. Faire appel à la religion pour des fins politiques n'est plus l'adage des seuls islamistes.

À la lumière de ces agissements et du fait que le makhzan continue à bafouer les libertés les plus élémentaires des marocains (allez faire un tour pour vous en rendre compte sur Lakome ou Demain ou même Hespress), participer à ce processus ne fera que crédibiliser et légitimer son discours (destiné surtout à faire gober à l'occident que le Maroc est sur la bonne voie et ce plus de 10 ans).

Le boycott me semble donc la solution la plus logique pour refuser cette mascarade et remplir le devoir de citoyen de chaque marocain.

30 mai 2011

Le Maroc est un îlot de démocratie

Le Makhzan est tellement soucieux de respecter les lois qu'il adopte que tous les marocains devraient en tirer une fierté. Ainsi jeudi dernier, le conseil de gouvernement a ratifié deux protocoles facultatifs, le premier relatif à la convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes et le second se rapportant à la convention de lutte contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Trois jours plus tard, pour montrer son sérieux et son professionnalisme, le Makhzan a mandaté ses représentants auprès de la population pour prêcher la bonne nouvelle.



Regardez surtout vers les 1:50 (et ayez en mémoire qu'hier, c'était la fête des mères).




23 mai 2011

Réflexions sur le mouvement du 20 février

Hier, les autorités marocaines ont démontré (si le doute persistait encore chez certains) que le train de réformes déclarées en grandes pompes par le Roi n'était que de la poudre aux yeux. Le tabassage sans raison et sans provocation des manifestants est sans appel et ne prête plus à aucune autre explication que celle que le makhzan a décidé de tourner la page du printemps arabe au Maroc et qu'il croit dur comme fer que ce dernier constitue une exception dans le paysage politique arabe et mondiale (n'oublions pas que l'Espagne vient de se joindre au concert des nations assoiffées de plus de démocratie).

Le mouvement du 20 février est dépeint par les makhzanistes et les médias à leur solde comme un amalgame de gauchistes et de barbus complétement déconnectés de la population (populace), voulant du mal à la grande nation qu'est le Royaume Chérifien et commandités par les ennemis étrangers du pays. Je caricature à peine.

Je ne discuterai pas de la véracité de ces accusations et je n'en ai pas envie (je laisse ça à d'autres blogueurs-citoyens dont le pain béni est la connerie et le populisme et pas que dans cet ordre). Par contre, s'il y a une chose indéniable c'est que la population marocaine n'a pas suivi et n'a pas embarqué dans cette vague de protestations. Il est vrai que chaque dimanche, nous assistons dans plusieurs villes à des manifestations de plusieurs milliers ou centaines de personnes mais on est loin des dizaines de milliers ou centaines de milliers des révolutions tunisiennes ou égyptiennes. Pire, le marocain moyen rencontré et questionné dans la rue ne semble pas comprendre le but du 20 février, ne semble pas vouloir s'y identifier et ne semble préoccupé que par son gagne-pain quotidien lorsqu'il ne montre pas un dédain total et une incompréhension hostile à ce mouvement.

Il est temps pour ce mouvement donc de se pencher sur cette question et d'essayer d'y remédier.

Les buts avoués du mouvement de protestation ne sont pas assez clairs, la propagande officielle contribuant bien sûr à les mystifier encore plus, ne sont pas aussi simples que ceux énoncés ailleurs comme la chute du système. Au Maroc, on ccrie sa rage contre le despotisme, contre le favoritisme et contre la corruption. N'importe quelle personne le moindrement honnête adhère à cela mais ne sera pas prête à sortir dans la rue pour faire face aux mrouds et autres bras armés du makhzan.

Le mouvement 20 février ne semble pas être assez mûr ni avoir assez de guts pour aller plus loin dans ses revendications. Il me semble qu'il lui faudra changer de tactique, remplacer ses marches quotidiennes par des sit-in, au lieu de faire dans le macro, faire plutôt dans le micro. Je m'explique : Au lieu de s'en prendre à la corruption en général, cibler des situations où cette corruption est flagrante, la publiciser, jouer un rôle d'éducateur de la population, lui ouvrir les yeux, y aller étape par étape, faire des gains minimes jusqu'à ce qu'ils atteignent une masse critique à partir de laquelle le rapport de forces avec les autorités aura changé.

Le mouvement du 20 février se bat contre le makhzan mais aussi contre les partis politiques qui le regardent avec une indifférence totale quand ce n'est pas du mépris ou quand ils ne lui mettent pas carrément des bâtons dans les roues.
Quant aux médias, le paysage audiovisuel au Maroc est verrouillé (2M ou RTM n'en ont ces derniers jours que pour le message civilisationnel de Mawazine) ; les quelques journaux ou hebdomadaires encore critiques du pouvoir ne rejoignent pas assez de monde (car écrivent en français comme ce putin de blog d'ailleurs) et le reste des journaux sont téléguidés par le makhzan(la une d'Assabah d'aujourdhui en donne un parfait exemple). S'il est vrai que les marocains regardent surtout les chaînes satellitaires arabes, ces dernières sont trop occupées par ce qui se passe en Syrie ou en Libye pour daigner rapporter les brèches dans les droits de l'homme au Maroc et il suffit de lire les câbles de Wikileaks sur Aljazeera pour se rendre compte qu'il ne faut pas s'attendre à une couverture juste des évènements au Maroc.

Il est donc nécessaire pour le mouvement du 20 février de se reprendre en main et de sortir des canaux traditionnels pour essayer de rejoindre et de faire passer son message au peuple marocain. Les révolutions tunisiennes et égyptiennes ne se sont pas fait du jour au lendemain, il est temps de se retrousser les manches et de travailler pour que le Maroc entre enfin dans le club des nations démocratiques.

19 février 2011

Le mouvement du 20 février a déjà réussi.

Le mouvement du 20 février a déjà réussi. Qu'il y ait de la casse demain ou pas, que les marocains sortent crier leur espoir ou pas, que le Makhzan les laisse faire ou pas.

Le mouvement a bel et bien réussi.

Réussi à remettre sur les rails la réforme constitutionnelle, jusque là l'apanage de quelques écervelés de la gauche radicale qui récoltaient bon an mal an 0.5% aux élections.
Réussi à remettre au goût du jour le débat politique sur notre futur collectif.
Réussi à pointer du doigt les dysfonctionnements du système.
Réussi à mettre en lumière le platventrisme des partis politiques.
Réussi à ce que nous soyons fiers de notre marocanité.

Pour tout cela, merci.

29 janvier 2011

Dans mon livre à moi

Dans 'mon livre à moi', un pays où le président -qui est par la même occasion le chef d'état- est un militaire, le vice-président est un militaire et le premier ministre est un militaire aussi, c'est une dictature.

9 janvier 2011

Réflexion à la twitter

Autant les manifestations en Tunisie me touchent et j'éprouve de la sympathie pour les manifestants et leurs demandes, autant ce qui se passe en Algérie me laisse de glace (pour ne pas dire me réjouit quelque part. Oui, je sais, j'ai trop regardé 2M et cie).

7 novembre 2010

Comment défendre la marocanité du Sahara et rester fidèle à ses principes ?

Le dernier billet de Moorish Wanderer soulève un sujet assez délicat/cordesensible/lignerouge, à savoir la position des démocrates/nihilistes marocains sur le Sahara. S'il est clair que cette région qu'on nomme aujourd'hui le Sahara Occidental ou Provinces du Sud (dépendamment de quel râtelier vous mangez) a déjà fait partie du Maroc, les politiques et décisions que le Makhzan a prise et continue à prendre dans ce dossier et ce depuis 1956 ont tellement fragilisé cet état de fait que pour défendre la marocanité de ce territoire, on est obligé de faire le grand écart. Car, et c'est malheureux de se l'avouer, toutes ces décisions donnent plus de cartouches aux suppôts de l'Algérie qu'elles ne réconfortent la position historique du Maroc.

Pour rajouter à cet inconfort, les positions prises par le Makhzan sur d'autres sujets comme la démocratisation du Maroc ou l'avancement de la liberté de la presse ne sont pas de nature à rallier l'approbation des nihilistes. Les nihilistes se trouvent donc quand ils discutent Sahara à être dans le même camp que leurs adversaires makhzanistes.

Est-ce une raison pour autant de jouer la carte du nihilisme à outrance ? À cela, je réponds par un non. 

Il ne faut pas diaboliser l'autre mais plutôt jouer la carte du pragmatisme. Le Maroc est une monarchie et le restera, il en va de sa survie. Défendre alors la marocanité du Sahara s'inscrit dans un dessein plus grand que des simples querelles entre makhzanistes et nihilistes. Bien sûr que les premiers instrumentalisent cette cause pour faire avancer leur agenda (ou plutôt pour mettre un frein à toute avancée démocratique) mais cela ne saurait être prétexte à abdiquer une partie de notre territoire.

Je serai tenté de rajouter que par respect pour la mémoire de tous ces marocains qui se sont sacrifiés pour acquérir notre indépendance, on ne peut abandonner. Le patriotisme n'est pas l'apanage d'une seule catégorie de citoyens mais de tous les marocains et ce quelle qu'elle soit leur affiliation politique. Il est peut-être vrai qu'on n'a aucun mérite à soutenir aveuglément un pays où on est né car on n'a pas eu notre mot à dire là-dessus mais d'y vivre crée également des liens avec tous les gens qui y ont vécu et vivent encore.

Dans le débat sur le Sahara, on entend trop souvent de la part des séparatistes et des 'gentils' militants européens que le Maroc n'est pas une démocratie et invoquer qu'un hypothétique état arabe sahraoui (Allah yehfed) serait démocratique. Il serait de bon ton de rappeler que l'autre côté non plus n'est pas démocratique et est même loin d'avoir le niveau de démocratisation du Maroc : Autant l'Algérie que l'organisation du Polisario ne sont pas spécialement des « îlots de démocratie ». Merci Comical Khalid pour cette expression.

Cependant, le Maroc aurait tout intérêt à se démocratiser regardless de l'état de droit de ses adversaires.
Un Maroc démocratique bâti sur le modèle canadien ou espagnol de fédéralisme étoufferait toutes les velléités de séparatisme d'où est ce qu'elles peuvent bien vouloir venir.

Est ce que cela est envisageable dans un futur proche ? Encore une fois, je réponds par un non.


18 octobre 2010

Brouhaha médiatique et malaise personnel

J'étais pas mal mêlé la semaine dernière. Pas que je sois une petite nature ou que je sois trop sensible mais voilà, le tout Québec ne parlait que de religion, plus précisément de miracles. Tout le monde n'en avait que pour Frère André (Je mets frère en majuscule car d'après le Vatican c'est un saint and you never know avec ces histoires là, une malédiction est vite arrivée).

En effet, selon Influence Communication, la canonisation de Frère André trônait en tête des sujets traités par les médias traditionnels. J'ouvrai la radio pour écouter mes émissions préférées et je tombais immanquablement sur des chroniqueurs nous parlant de l'effervescence des croyants à la veille de sa canonisation, les supposés miracles de sa future sainteté ou encore l'emploi du temps des pèlerins déplacés à Rome pour l'occasion. Parfois, le ton des reportages frôlait le prosélytisme.

J'étais perplexe. Normalement quand les médias se mettent à parler de religion au Québec, c'est soit pour parler des affaires de pédophilie des prêtres ou encore de de l'islam (un peu aussi de la religion juive mais le Bnai Brith est tellement aux abois que les médias marchent sur des œufs dans ce cas là) dont il est question. Et cela va de soi, on aborde la question de façon assez négative. On en a que pour les crimes d'honneur, le masochisme des musulmans ou les demandes d'accommodements raisonnables ; le voile et le niqab étant les sujets de prédilection bien sûr.

Mais voilà qu'on nous rabâche les oreilles avec la religion catholique et ses miracles. Même que les trois paliers de gouvernement étaient présents à Rome. Que le maire de Montréal se déplace à Rome pour assister à la canonisation du bâtisseur de l'Oratoire Saint-Joseph et en tenant compte que ce même bâtiment est un des monuments touristiques de la ville, on comprend un peu sa démarche. Mais que le ministre des affaires étrangères du Canada, qui rappelons le n'a pas daigné s'adresser aux pays membres de l'OCI pour mousser la candidature canadienne à un siège non permanent du Conseil de l'ONU soit présent à Rome dépasse l'entendement. Enfin, que la ministre québécoise des Relations intergouvernementales, Monique Gagnon-Tremblay déclare que «Pour le Québec, c’est une page d’histoire. Il faut se remémorer aussi nos racines. La religion catholique, c’est quand même notre religion, notre histoire. Moi-même, j’ai été baptisée, j’ai eu ma première communion solennelle et j’ai été confirmée par le cardinal (Maurice) Roy», et que «Ce sont quand même nos religieux qui ont bâti nos écoles; ce sont les religieuses qui nous ont enseigné», me laisse sans voix. Ce n'est pas demain la veille que la gigantesque croix de l'assemblée nationale sera retirée.

Pour ajouter à mon malaise, la journée même de la canonisation de Frère André, qui était un grand misogyne devant l'éternel selon les dires de ses propres biographes, se tenait à Rimouski la journée de la Marche mondiale des femmes.

Je n'ai pas encore bien assimilé tout ce que ce cirque voulait dire ou quelles conclusions en tirer mais une chose est sûre : Cette semaine, j'ai découvert un autre côté (apeurant) de la société québécoise.